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[Critique] Jason Bourne: L’héritage (Tony Gilroy)


Jason Bourne : L’héritage (The Bourne Legacy), durée 2h16, sortie cinéma le 19 septembre 2012, réalisé par Tony Gilroy, avec Jeremy Renner, Rachel Weisz, Edward Norton, …

Après La Mémoire dans la Peau (2002), La Mort dans la Peau (2004) et La Vengeance dans la Peau (2007), on pensait tout connaitre de Jason Bourne, ce personnage qui prit vie dans les années 80 sous la plume de Robert Ludlum. Las, les producteurs ont bien senti qu’ils tenaient là un agent charismatique, et surtout une saga d’action-espionnage très lucrative qu’ils ne pouvaient pas laisser sans suite. Et c’est ainsi que Tony Gilroy (scénariste des trois premières adaptations) et Dan Gilroy (scénariste de The Fall et Real Steel) ont été amenés à écrire une histoire assez alambiquée autour d’un autre agent. Réalisé par Tony Gilroy lui-même, à qui l’on doit également Michael Clayton et Duplicity, Jason Bourne: L’héritage partait donc avec un sacré handicap, celui de faire perdurer une saga qui se suffisait à elle-même …

On croyait tout connaître de l’histoire de Jason Bourne et de son passé d’agent tueur malgré lui. Mais l’essentiel restait à découvrir. Le programme Treadstone dont Jason était le cobaye n’était que la partie émergée d’une conspiration plus ténébreuse, ourdie par d’autres branches du gouvernement et mettant en jeu d’autres agences de renseignement, d’autres programmes militaires, d’autres laboratoires secrets…
De Treadstone est né « Outcome », dont Aaron Cross est un des six agents. Sa finalité n’est plus de fabriquer des tueurs, mais des hommes capables d’assurer isolément des missions à haut risque. En dévoilant une partie de cette organisation, Jason laissait derrière lui un « héritage » explosif : compromis, les agents « Outcome » sont désormais promis à une liquidation brutale. Effacés à jamais pour que le « père » du programme, le Colonel Byer puisse poursuivre ses sinistres activités.
Une gigantesque chasse à l’homme commence, et Cross, devenue sa première cible, n’a d’autre recours que de retrouver et gagner la confiance de la biochimiste d’ »Outcome », Marta Shearing, elle-même menacée de mort…

Et bien évidemment, même si le film se veut d’être un spin-off, il est assez difficile de se plonger dans l’histoire sans avoir encore les précédent opus en mémoire, notamment à cause des noms d’agences à rallonge et des programmes top secrets qui sont évoqués au gré de la première heure : totalement imbitable pour les non-initiés, et beaucoup trop bavard. Quant à Jason Bourne, il a bien évidemment le droit à quelques citations en pointillés, mais c’est bien Aaron Scott (Jeremy Renner) qui devra porter le poids de l’héritage. Cette première partie du film est l’occasion de découvrir plus en profondeur le programme Outcome : les agents y sont soumis à des entrainements d’une rare intensité (en pleine montagne, face aux loups) et sont sous l’emprise de substances plus que douteuses, des pilules à prendre à intervalles réguliers sous peine de perdre leurs capacités physiques et cérébrales. Mais le jour où le Colonel Byer (Edward Norton) se décide à effacer toutes traces de ces programmes afin de sauver sa carrière et celles des politiciens véreux qui étaient dans la confidence, son organisation va utiliser les grands moyens pour éliminer ces agents (assassinats, missiles, …) ainsi que le personnel du laboratoire en charge de la production des fameuses pilules. C’est l’occasion de voir une scène qui pourra déranger certaines âmes sensibles puisque nous assistons à une véritable tuerie au sein du complexe de biochimie, massacre dont le Dr Marta Shearing (Rachel Weisz) échappera miraculeusement. A noter que l’actrice (oscarisée) est plutôt crédible dans son rôle de virologue qui travaille dans le flou le plus total, bien que l’on ne puisse s’empêcher de penser que quiconque à sa place aurait été un brin plus curieux…

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Heureusement, la seconde heure est beaucoup plus percutante et permet (enfin) de se délecter de quelques courses poursuites à moto et autres traques sur les toits assez mouvementées, même si tout cela fleure bon le déjà vu ! Certes, l’espionnage à grande échelle et l’infiltration y tiennent une place prépondérante, mais l’action va rapidement prendre le dessus pour le plus grand plaisir de nos pupilles. Car il faut bien l’avouer : après une introduction qui traînait en longueur, le réalisateur réussit (enfin) à donner un second souffle à son film, et semble retrouver sa maîtrise de la caméra, même si l’on est encore loin du génie de son prédécesseur, Paul Greengrass.

Pour être franc, Jason Bourne: L’Héritage aurait très bien pu se contenter d’être un n-ième film d’action conspirationniste, sans filiation avec la trilogie d’origine : le public s’en serait parfaitement accommodé et l’histoire en aurait probablement bénéficié en évitant ces pirouettes scénaristiques pour se raccrocher à tout prix au matériel d’origine. Malgré tout, il faut se dire que cette expérience fut peut-être un mal pour un bien et que les suites (puisque suites il y aura vu la conclusion…) sauront enfin nous proposer des aventures d’Aaron Cross dignes de ce nom. Mais par pitié, que les scénaristes évitent de nous le rendre amnésique

Note: 6/10